Embrunman 2023 – récit de la course

Réveil matin 4h après une nuit ou plutôt une sieste compliqué. Le réveil sonne mais ne te réveille pas car tu ne dormais pas vraiment 🙂 

Les affaires sont prêtes depuis la veille au soir, il ne reste plus qu’à s’alimenter. 

Le combo nouilles chinoises, omelette et fromage blanc/muesli me convient parfaitement. A cela, j’ajoute un zeste de mon combo médicamenteux spasfon, gaviscon et IPP pour préparer mon estomac. 

En effet, l’expérience a montré que mon estomac était mon gros point faible sur ce type de course. Je ne vais donc rien laisser au hasard d’autant plus que je ressens qq douleurs de remontées acides depuis deux jours, certainement liées à la montée en stress. 

4h50, on met sa frontale, on prend son paquetage en espérant ne rien avoir oublié (et il y a de quoi en triathlon) et l’on part au front (en tout cas c’est le sentiment que j’ai eu en sortant dans la nuit avec tout mon matos).

Arrivé au parc au vélo, l’ambiance semble insolite. Il y a un contraste entre la ferveur des supporters qui sont dejà bouillants malgré l’heure très matinale, et la concentration des athlètes qui se doutent à quelle sauce ils seront mangés.

Je finalise les derniers détails, utilise la visualisation pour simuler mes transitions et s’assurer de ne rien oublier. Je décide de ne pas m’échauffer, vu le temps qui reste, je reste concentré sur la disposition du matos pour que les transitions soient efficaces ! 

  • La transition efficace 

Tout dépend de la distance. Sur du court, on ne se change pas et l’on privilégie la vitesse de transition au confort (on utilise des chaussures à scratch préalablement calées sur les pédales avec des élastiques pour que les manivelles soient à l’horizontale). 

Sur distance IronMan, j’ai choisi l’inverse à savoir le confort vs la vitesse . J’ai donc prévu de me changer à chaque transition. Et pour éviter que cela dure une plombe, mieux vaut être organisé ! 

5min du départ, je me trouve dans le sas ou règne une ambiance très conviviale comme souvent malgré le stress partagé par l’ensemble des participants.

Etant à l’aise en natation, je m’avance pour me positionner devant.

Reste qq secondes avant le départ, la musique d’ambiance typique de l’Embruman commence, on ne fera plus demi tour ! En quelques secondes, je repense à l’investissement et les efforts de la prépa. J’ai également une pensée pour certaines personnes qui me sont chers et à qui je dédie cette course.

Bref, je suis galvanisé, malgré la nuit quasi blanche passée, rien ne m’arrêta à présent.

Top départ ! 

Natation – 3.9km

J’avais une certaine appréhension à nager de nuit, n’ayant jamais fait l’exercice. Au final, la lumière de la lune est suffisante pour suivre les pieds des mecs de devant. La température de l’eau est à 22degrés (cela change de l’Otillo !!) et au bout de 30min le soleil qui commence à se lever et dévoile le contour des montagnes qui vont me casser les pattes toute la journée. 

Avec du recul, c’est certainement le meilleur moment de ma course ! 

Et surtout, malgré un départ en mass start, personne ne me nage dessus, tout le monde se respecte et je laisse donc ma claustrophobie au vestiaire (sur certaine course, je me souviens avoir fait des crises de panique en plein milieu de la lessiveuse)

Je reste sur mon rythme, je ne veux rien chercher en natation, je veux juste finir ces 4km en restant quasi frais. Malgré tout, je me retrouve à dépasser plusieurs nageurs sur la fin et je me prépare à la transition (j’arrive meme à me pisser dessus en nageant avant de sortir, j’ai gardé les bons réflexes).

Sortie de l’eau en 1h02, pas dingue pour un nageur mais vu mon entrainement natation cette année, je prends. Et surtout, j’ai l’impression d’être frais !   

  • Transition nage/vélo (T1)

En arrivant au parc à vélo, je me rassure sur ma natation car je vois beaucoup de vélos encore présents dans le parc (c’est un repère bien utile en transition pour savoir ou tu te situes dans la course).

Le travail de visualisation a été efficace. Tout est bien cadensé, je pense ne rien avoir oublié, je pars pour une belle ballade de quasi 8h à vélo !

Vélo – 185km (4500D+)

En montant sur le vélo, je me rends de suite compte avoir oublié de m’alimenter lors de la T1 (mon manque d’expérience sur ce type de distance). Pire encore, j’ai oublié de prendre avec moi mes médocs pour l’estomac, ce qui veut dire que je suis sans filet si des douleurs se déclarent sur le vélo. 

Mais puisque l’on ne peut revenir en arrière à ce stade, plus la peine d’y penser ! 

J’avais reconnu le début de parcours la veille lors du déblocage, donc je ne suis pas surpris de voir que ca commence fort avec pas loin de 700m de D+ sur les premiers 10km ! 

Le piège ici est de lâcher ses watts, d’autant plus quelle fait d’être sortie devant de l’eau ne va pas m’aider !

C’est ce que j’appelle le dilemme du nageur en triathlon.

Je ne sais pas pourquoi, mais très souvent en triathlon, les bons nageurs ne sont pas les meilleurs cyclistes et l’inverse est aussi vrai. Donc les nageurs sortent devant et se font ensuite rattraper par des ‘missiles” à vélo.

Et dans ces moments, il faut savoir prendre sur soi et ne surtout pas prendre de roue (pour en avoir déjà fait les frais sur certaines courses). Mais quand plusieurs dizaines de vélos de dépassent, cela commence à devenir pénible et agaçant. 

Sur cette course, j’ai du garder mon mal en patience sur les 50 premiers km ! De quoi me mettre forcement le moral dans les chaussettes, et la sensation de jambes lourdes n’arrange rien. Une impression de ne pas m’être encore réveillé et de vivre ma course par procuration. 

Cette mauvaise sensation va durer jusqu’à la fin de la montée de l’Izoard.

Je décide donc de monter tranquillement à mon rythme et j’en profite pour discuter avec d’autres athlètes dans la montée. 

Je salue notamment un Alsacien du club d’Obernai avec qui je sympathise. Il me demande ou j’habite à présent, je reste vague en lui indiquant les Yvelines pas loin de Saint Germain en Laye, et c’est là que j’ai failli tomber de ma chaise, ou plutôt de mon vélo ! 

Il me répond “ca ne serait Bazemont par hasard”….je lui demande de répéter car j’ai peur de commencer déjà à halluciner. Mais non, je croise un Alsaco sur l’Embrumant qui connait mon village de 1200 habitants !! 

Il a en fait de la famille qui vie dans mon village, le seul nom à consonance germanique dans mon bled, facile à retrouver :)….bref, ces petites histoires anodines permettent de faire passer le temps et de penser à autre chose. Je prends ! 

Il parait que la course commence après l’Izoard, donc c’est peut être une bonne chose de ne pas avoir trouvé mes jambes jusque là. Le fait de croiser ma supportrice préférée ainsi que mon fils à la fin de la montée suffisent à me remotiver et la descente à venir va me réveiller car j’en avais besoin ! 

La course commence à présent pour moi et il ne reste plus “que” 110km à parcourir avant l’enchainement marathon 🙂

Sur cette dernière partie de course, j’ai retrouvé mes jambes ainsi que des rafales de vent dans le nez tout le long du retour de l’Izoard. Restent encore deux belles bosses (Pallon et Chalvet) où j’ai pu me faire plaisir après avoir retrouvé mes sensations. 

Je me prends même à reprendre certains bolides qui m’avait passé plus tôt le matin, cela regonfle le moral. 

L’estomac me laisse tranquille, mais une douleur aux lombaires commence à apparaitre à 40km de l’arrivée. 

Pas grave, je vais serrer les dents et la soulager en changeant de position sur la selle (ce qui m’aura couté une contracture au muscle fessier pyramidal). En espérant ne pas être trop handicapé sur la course à pied. 

Les derniers km n’en finissent plus, c’est ultra long et la température élevée commence vraiment à déranger car avoisine les 35 degrés. Je me refuse donc d’y penser pour la course à pied pour garder ma motivation, meme si j’appréhende la fournaise.

Enfin, j’entends la musique et la voix du speaker de la course, on arrive enfin au parc à vélo pour finir ce parcours de dingue où les km de plat peuvent se compter sur les doigts d’une main 🙂

Place à la transition !

  • Transition vélo/course à pied (T2)

Je prends le temps de me changer, de changer également de chaussettes (c’est plus psychologique qu’autre chose) et surtout de mettre un maximum de NOK sur les pieds. J’en profite pour recharger en gels et non en barre car mon estomac gonflé et ballonné ne peut déjà plus digérer du solide. Je ne suis pas étonné, cela a toujours été le cas sur la course à pied en triathlon, je n’allais pas déroger à la règle sur Ironman. 

En revanche, appréhender une distance marathon sans autre alimentation que les gels, je n’avais jamais fait. 

Bref, je laisse toutes ces pensées derriere moi sinon jamais je ne trouverais le courage de repartir pour au moins 4h de course !

Course à pied (42km)

Dès les premiers km, je ressens un point de côté qui m’empêche de courir à mon rythme. Je ne fais pas le fier à ce moment car je ne me vois pas arriver à gérer cette douleur sur la distance. Heureusement pour moi, en restant en dessous des 140ppm, la douleur reste parfaitement gérable. Je cours donc à un rythme de 6:05min/km alors que mon plan était de commencer à 5:45min/km et d’accélérer progressivement s’il en reste. 

Je dois donc accepter de revoir mes plans, j’ai encore un peu de lucidité pour refaire mes calculs et estimer mon temps de course à pied, autour de 4h15 maintenant, ca va être tres long ! 

Coté alimentation, et vu l’état de mon estomac, je sais qu’il faut que je sois hyper vigilant. Mais comment protéger son estomac et réduire les quantités de liquide et en meme temps lutter contre la déshydratation à 35degré en plein cagnard ? Je choisi de boire régulièrement de très petites quantités, et de prendre un gel à partir de la seconde boucle et tous les 4km. 

Le parcours est vraiment sympa. 3 boucles de 14km avec des passages dans la ville et en dehors le long de la durance. Je n’avais rien reconnu en amont donc je découvre 100% du parcours. La premiere boucle me semble déjà interminable. Il fait très très chaud et l’on ne peut pas compter sur les ravitos pour se rafraichir, l’eau servit est chaude…heureusement, des spectateurs ayant pitié de nous vont récupérer de l’eau glacé de la Durance pour nous arroser. J’ai du me faire arroser environ 50 fois sur le parcours. C’est jouissif et ca regonfle le moral ! 

Le second tour est souvent le pire pour le moral, je le sens et je m’y prépare. `


Au final, je suis content d’avoir été ralenti par mon point de côté, car avec cette chaleur, je pense je j’aurais explosé en ayant couru à mon rythme. Ce qui me permet de conserver une allure constante sur la deuxième boucle. 

Il y a beaucoup de monde et beaucoup d’encouragements qui nous galvanisent, mais à la fin du second tour, je commence vraiment à rentrer dans un état second avec une nouvelle douleur qui vient d’apparaitre aux quadriceps cette fois. 

A la fin de second tour et le retour vers le parc à vélo, je manque de lucidité et me prends les pieds dans une racine et tombe comme un débutant. Je me suis un peu ouvert le genou, des spectateurs veulent m’aider à me relever, je refuse leur aide car j’ai peur de me faire disqualifier. Cette petite chute aura eu le mérite de me faire sortir de mon état second et de me faire revenir sur terre !

Le fait de croiser ma femme et mon fils me rassure à l’approche de début du dernier tour. A partir de maintenant, je sais que je vais la finir cette course. Car il reste 14km, et je sais que j’arriverais à gérer la douleurs et les nouvelles douleurs sur cette distance. 

Je repense aux heures d’entrainement, à mes proches pour me galvaniser. J’en ai les larmes aux yeux à des moments et je me dis que si j’arrive à pleurer, c’est que je suis encore loin de la totale déshydratation 🙂

Les quadris me brulent, je connais bien cette douleur avec les trails donc je pense savoir gérer. Je compte les km restants que je compare à mes distances d’entrainement pour me rassurer. Dans ces moments, il faut savoir biaiser son esprit et l’orienter avec les bons messages pour éviter de sauter moralement. La méditation m’a beaucoup aider à contrôler mon esprit, et me sert dans ces moments. 

Dans la vieille ville, je croise Julien et Mathieu qui courent à côté de moi. J’essaye de leur parler et je me rends compte que j’arrive à peine à chuchoter (je comprends que l’accumulation des gels m’ont acidifié les cordes vocales). 

Allez, 2km me séparent de l’arrivée, je vais à présent accélérer et tout donner peu importe le point de coté, mes quadris, la chaleur, plus rien ne m’arrêtera !

Je ne connais ni mon temps ni ma position, je m’en moque, je vais finir ce chantier de dingue sans trop de bobos c’est l’essentiel. 

Sur la dernière ligne droite, je cherche ma femme et mon fils que j’aperçois trop tard, je n’ai pas la lucidité de m’arrêter pour les embrasser, je m’en voudrais par la suite. 

  • Finisher !

“You are an Ironman” 

Oui mais j’ai mal. Je vais faire un tour aux massages et j’ai la chance d’avoir deux kinés étudiant qui vont s’occuper de ma vieille carcasse (un par jambe). L’idée est de faciliter la circulation sanguine pour faire passer l’acide qui me brule absolument partout. 

En sortant du massage, je passe à coté du ravito des finishers. J’ai pour tradition de boire une bonne bière en arrivant, mais ici, impossible de mettre quoi que ce soit dans mon estomac. Je me dirige vers le parc à vélo pour récupérer tout le matos, j’ai envie de rentrer au calme et de sauter dans une piscine de glaçons ! 

Mais avant, je sens que mon estomac n’arrivera pas à digérer et donc je me fais vomir. C’est là que je retrouve mes souvenirs alimentaire des 13h de course, j’ai même vomi l’eau du lac que j’ai du boire sans m’en rendre compte le matin lors de la natation. 

Le soir, impossible de s’alimenter alors que j’ai une faim de loup après avoir dépensé 9000 calories, sans rien manger d’autre que des barres et des gels. Et je pense avoir atteint un niveau de fatigue jusqu’alors inconnu. J’ai du mal à me mouvoir, à parler, à penser…bref, un zombie. 

On attendra le lendemain pour se faire plaisir, et je pense être le meilleur client du jour du restaurant que nous accueillera ! 

  • Le mot de la fin 

Je remercie tout d’abord ma femme, Lilie, toi qui m’a supporté durant ces 5 derniers mois et dans les deux sens du terme. Ce type de projet ne se fait pas seul et on ne fait rien sans la présence, la compréhension et l’aide de sa compagne.

Je remercie également les personnes sur place, Julien et Matthieu pour vos encouragements de fou ! 

Enfin, je tenais à remercier mes partenaires d’entrainement. Greg et Camille sur la course à pied, Jean Marie et Jérémy pour le vélo ! Sans oublier mon employeur et le congé paternité accordé, sans quoi, jamais je n’aurais pu envisager un tel projet ! Ainsi que tous ceux qui ont eu la patience de me suivre et de m’encourager. 

Pour conclure, on me demande souvent mais pourquoi tu fais ca ? J’espère que ceux qui m’ont suivi sur la course et qui ont pu lire ces quelques lignes auront la réponse à présent 😉

“The only limit is the one you set yourself” 😉

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