Jour J !
Nous sommes à quelques heures du départ, l’ambiance est bouillante tout comme le thermomètre ici. J’ai du mal à cacher mon émotion.
Et je me remémore tout le temps passé à l’entraînement et ses contingences depuis le début du mois Janvier dernier.
J’ai également une pensée très profonde pour mon papa Jacques et ma belle maman Rébecca, puisque j’avais promis de réaliser ce challenge pour eux avant qu’ils nous quittent brutalement l’an dernier. C’est d’ailleurs le bob de mon papa que j’ai choisi de prendre avec moi durant la course. Bon il n’est vraiment pas adapté mais au moins je me sentirai accompagné dans les moments les plus difficiles. Et il y en aura….
Retour au départ non pas de la course mais de la préparation.
Nous sommes le 1er Janvier 2025, et je suis déterminé, malgré l’humidité de saison, à investir une partie non négligeable de mon temps libre à cet objectif. Gardons ce chiffre pour plus tard, mais au final j’aurais consommé 46% de mon temps libre à l’entraînement après avoir relevé tous les compteurs.
Par expérience, je sais que, même si le programme sera moins chronophage que pour la préparation d’un Ironman, l’entraînement en trail est de loin le plus douloureux pour l’organisme. L’idée est donc d’y aller progressivement pour éviter de se blesser dès le début et perdre son mental et donc sa motivation.
J’ai donc décidé de découper le programme (et donc la charge) sur trois phases avec un ultra trail en clôture de chaque phase.
Pour respecter mon calendrier j‘ai donc sélectionné les courses suivantes avec une montée en charge assez significative :
- Phase 1 : Trail de grand Ballon (75km /3.5k+) début Mai
- Phase 2 : Maxi Race Annecy (105km/5k+) début Juin
- Phase 3 : UTCAM (120km/7.5k+) début Juillet
- Phase 4 : Diagonale des Fous (180km/10k+) mi Octobre
Mon idée est de monter crescendo la charge et donc commencer mollo avec 40km/sem sur Janvier, puis 70km/sem jusqu’à la première échéance à l’issue de la phase 1. Ensuite et en fonction de comment mon corps aura réagit, une légère augmentation pour préparer la Maxi Race avec environ 85km/sem.
Comme vous le constaterez au regard des chiffres, j’ai complètement calé suite à la Maxi Race (je vous explique pourquoi juste après) avec une moyenne autour des 60km/sem sur Juin.
Et pour finir, le bouquet final pour la préparation de la phase 4 (Diagonale des Fous)à sur Septembre avec minimum 100km/sem (parfois 120km/sem) et mes pieds en portent encore les stigmates.

Difficile de parler de charge d’entraînement en occultant le dénivelé, et j’en aurais bouffé, à foison !!
La régle principale, aucune mais alors aucune sortie à moins de 500m D+ (j’ai la chance d’habiter dans un coin assez vallonné). Je pense connaître le dénivelé de chaque bosse autour de mon domicile au mètre près 🙂

On constate une courbe assez linéaire de la progression du dénivelé jusqu’à Mai, puis rupture en Juin/Juillet. La raison se trouve un petit peu plus loin dans le texte, lors du récit des courses 😉
Mais avant, je tenais à remercier mon partenaire d’entraînement et coach, Monsieur Thomas Gaudinaud alias l’As de Carreaux et mordu d’ultra endurance (il m’aura quasi contaminé) !
Je pense avoir fait au moins la moitié de mes sorties en sa compagnie, et surtout quand il s’agit de sorties longues (min 4h). Et le temps aurait été bien bien plus long si j’avais été seul.
Je me souviens également de son assistance lors d’un trail local auquel il n’a pas pu participer avec moi (par peur pour cause de TFL) et puisque j’ai fini au pied du podium, il m’a accompagné à enchaîner en punition quasi le même parcours en sens inverse 🙂
Tout cela pour vous dire que se préparer à une course comme la Diagonale des fous, c’est long, très long.
Au final, j’aurais passé plus de 244h à courir à la Forrest Gump (22km/sortie en moyenne), avec plus de 76000m de dénivelé positif (et négatif !).
Il est impossible d’arriver prêt sur ce format de course, mais j’aurais malgré tout le sentiment réconfortant d’arriver préparé !
Et je suis ravi d’en finir car je ne vous cache pas avoir dû régulièrement me plier en deux pour satisfaire à la fois mes responsabilités professionelles et celles de jeune papa célibataire avec un petit garcon de 2ans et demi.
Deux souvenirs assez représentatifs de la situation.
La fameuse pause travail du midi pour aller s’entraîner et revenir ultra à la bourre pour enchainer avec un choix cornélien, le repas ou la douche car impossible de faire tenir les deux dans le programme. Je vous laisse deviner mon choix sachant que pour les sports d’endurance, il est largement plus important de s’alimenter que de sentir bon, d’autant plus que personne ne pourra me sentir en visio conférence 🙂
La gestion des entrainement les we des semaines où j’ai la garde de mon fils. Et là aucun choix possible, on s’occupe de son enfant donc pas d’entraînement le we. Et donc devoir compenser la charge sur la semaine. Notamment l’avant dernière semaine où j’ai essayé de faire mes 100K/sem sur 3 jours. Certainement trop ambitieux comme objectif puisque je me suis arrêté à 80km avec les pieds en feu 🙂
La dernière semaine d’entrainement, j’ai choisi de la passer dans le massif des Maures pour casser de la fibre comme on dit. Avec un objectif de courir 1000m de D+ (et D-) par jour pendant 5 jours.
Avec une certaine émotion le moment de ma dernière de chez dernière sortie, 9mois après, on constate que le corps et surtout les jambes se sont bien adaptées !
Place à la période d’affûtage pour rester sur son pic de forme. C’est assez simple (en fait pas vraiment), il suffit de passer son temps à dormir, boire et manger. Durant cette semaine, je perds un dernier ongle, comme un soldat qui livre son dernier souffle après la bataille. Et pour me rappeler à quel point cet entraînement est traumatisant pour le corps. Je vais décider de la garder malgré tout et de la straper pour la diag afin qu’il m’accompagne jusqu’à la fin de cette aventure.
“Mais sinon, que s’est il finalement passé pour que tu craques sur Juin/Juillet (et Aout) ??”
Comme moi, vous trouverez l’explication plus bas dans le récit des courses, qui servent avant tout à se tester dans les conditions réelles et à apprendre. Et j’en aurais appris !
Les courses !
Le but d’une course en mode préparation est de tester à la fois sa condition physique, son mental et son matos.
Je le dis souvent mais pour s’en sortir en ultra endurance il faut 1/un cerveau (#mental) 2/ des jambes d’acier 3/un coeur costaud (pour les montée et les descentes) 4/un estomac
Trail du grand Ballon d’Alsace (75km – 3.5kd+ – 42ieme)
Les conditions ne sont pas au top pour un début du mois de Mai avec 5°C au départ et des rafales de vent à décorner les boeufs (il n’y a pas encore de chamois à cette altitude). Mais je suis réchauffé par la présence de ma maman qui, du haut de ses 70ans, a trouvé la force de se lever à 4h du matin pour m’accompagner au départ et me suivre toute la journée dans ce froid.
Le matos est prêt et puisqu’il s’agit d’une première pour moi, je suis vigilant de ne rien oublier. Je pensais que rien n’était plus complexe en logistique que le triathlon, et bien voici à quoi ressemble un paquetage en ultra trail :

Apres cette 1ere phase d’entrainement qui s’est déroulée sans accros, j’arrive avec des ambitions. Je regarde le classement ITRA des coureurs, je fais mes calculs et j’ai, sur le papier, le niveau pour un top 20 sans forcer.
Je me positionne alors juste derrière les 20 au départ car je souhaite partir tranquille et accélérer ensuite (cf le Trail des Açores en 2023, 4ieme au scratch).
Apres les 20 premiers km, je regarde mes données et je constate que je suis parti beaucoup trop vite. Et malgré tout, je ne me suis pas vraiment rapproché du groupe devant. Dur pour le mental et je n’ai plus la main sur ma gestion de course, je me suis emballé comme un novice et c’est bien normal car je suis un novice en ultra.
A présent il va falloir rester humble et être résilient car il reste 50km à tenir à cette allure, démerde toi !
Ce qui ne m’aide pas et qui va encore user mon mental, c’est le fait de ne pas avoir pris de bâtons. A priori, l’usage de bâtons dans les montées permet d’économiser jusqu’à 20% d’énergie.
Mais pourquoi alors se diminuer et ne pas faire comme tout le monde ?
La réponse est simple, les bâtons sont proscrits pour la diagonale des fous (trop simple sinon), et puisqu’il s’agit de courses de préparation, aucun intérêt pour moi de les faire avec.
C’est au km40 que je commence à me sentir mal. Gargouillis dans le ventre puis envie de vomir. Pas le choix, il faut baisser le rythme pour récupérer. Cela va bien finir par passer.
Et bien non ! Cela s’empire et à l’issue d’une grosse bosse (km50), je fini par vomir tout ce que j’avais dans le ventre. Je comprends à ce moment que l’estomac est bloqué, que je n’arrive plus à digérer, solide comme liquide.
Il va falloir donc tenir 25km dans cet état zombie ou abandonner. Ascenseur émotionnel car l’on passe d’un objectif “top20” à un objectif “finir”.
Heureusement, il fait 5°C dehors, température qui me permet de tenir malgré le manque d’hydratation. Je donne tout mais je n’ai plus rien, et je regarde les autres coureurs me dépasser (avec leurs bâtons) et m’encourager.
Je vais la finir cette course mais dans un état…
Dès le passage de la ligne d’arrivée, je n’ai qu’une seule chose en tête, comment régler ce truc !! Sans quoi, mon projet tombe à l’eau…
Après avoir approfondi le sujet, j’en conclus que je suis certainement parti beaucoup trop vite et que mon estomac n’est pas habitué à cette allure sur ce type de distance. Très bien, je ne m’y ferais pas reprendre lors de la prochaine course qui aura lieu 4 semaines plus tard.
Maxi Race (105k – 5kd+ – DNF)
Course très réputée dans le monde du trail, autour du lac d’Annecy donc magnifique. Je rejoins mes amis Morgane, Charlie (le chien) et Camille et c’est avec ce dernier que j’ai prévu de faire une bonne partie du chemin.
Mon idée est d’essayer de reproduire le scénario des Açores à savoir rester avec Camille sur la première partie de course et accélérer ensuite. Et ainsi préserver et habituer mon ventre à l’effort.
Départ 2h du mat ! Quelle idée…impossible d’arriver à trouver le sommeil quand il s’agit de se coucher vers 20h et se réveiller pour 23h30… et donc nuit blanche assurée, pas grave, cela va dans le sens de la préparation pour la Diagonale où nous passerons 2 nuits dehors.
Il faut savoir qu’avec ses 2500 participants uniquement sur le tour du lac (notre course) sans compter toutes les autres courses au même moment, la Maxi Race c’est avant tout l’Usine Race. Tout ce que j’aime en tant qu’agoraphobe qui se respecte.
Je décide de prendre le SAS de Camille au départ sans quoi jamais nous allons pouvoir nous retrouver.
La première montée au Semnoz n’est pas idéale pour moi. Souvent bloqué dans des trains de gens et difficile à dépasser dans les single. On prend son mal en patience et on essaye d’éviter de se prendre un coup de bâton (sur cette course, j’étais quasi le seul à ne pas les utiliser). Certains “connaisseurs” me faisaient d’ailleurs la remarque “en voilà un qui prépare la Diag” 😉
Passé le Semnos, la foule se dilue un peu et on peut commencer avec Camille à mettre un peu de rythme dans la descente. Je retrouve mes sensations et je décide de laisser mon compère au km40.
Sur 15km, j’enchaine une allure en mode fractionné, c’est à dire que je passe mon temps à accélérer et ralentir pour doubler des trains de traileurs en prenant des risques parfois à sortir des “single”.
Et puis, à quelques km de la base de vie de Doussard, les gargouillis reviennent et je commence à avoir le vertige et des nausées. Nous sommes au km55, à peine à la moitié de la course et la deuxième partie s’annonce plus relevée.
Je décide de tout miser sur une pause à la base de vie devant moi en prenant du temps pour récupérer. J’y reste quasi 45min, et je décide de repartir même si je n’ai pas l’impression d’aller vraiment mieux.
A quelques km de la base de vie, je retrouve Camille devant moi, nous avons dû nous croiser dans la base de vie mais j’étais dans un monde parallèle.
Je lui explique mon pb et nous allons faire qq km ensemble avant que mon orgueil me fasse accélérer en mode tête brûlée. La fatigue me fait perdre toute ma lucidité et au lieu de rester sagement avec mon pote sur un rythme qui m’aurait permis de récupérer, je décide de reprendre du rythme comme un abruti.
A l’issue d’une grosse bosse (je n’ai plus le nom) avec plusieurs heures de montée, mon estomac dit stop et je vomis à 6 reprises. J’ai apprécié après coup la solidarité des traileurs qui sont venus à mon secours mais sur le coup, j’avais besoin qu’on me laisse dans ma déchéance.
Je suis à présent en mode zombie, sans pouvoir m’alimenter et surtout m’hydrater. Il fait 35°C et je suis au km70, il en reste 35…

Les quelques micro instants de lucidité qui me restent me font savoir que je ne pourrais pas finir dans cet état et que l’abandon devient une réalité (chose qui m’est jamais arrivée en 15ans de pratique des sports d’endurance) …
Arrivé à un ultime ravito dont je ne me souviens plus le nom, une personne de la croix rouge vient à mon secours. Je me dis alors que je vais être soigné pour pouvoir repartir. Mais pas de tout, on m’indique qu’il faut que j’arrive à joindre le prochain ravito à 10km qui dispose d’une assistance médicale.
Et la personne laisse donc partir un zombie dans un état de déshydratation et d’hypoglycémie que l’on pourrait qualifier de préoccupant.
Avoir les cils qui collent c’est une sensation assez singulière. Les sensations de vertige sont omniprésentes et je commence à voir des étoiles et à avoir des hallucinations. Impossible pour moi de continuer, je mets le clignotant à droite et je décide pour la première fois d’abandonner en course…
Camille me rattrape, je n’ai pas besoin de lui expliquer mon état, il a compris et c’est alors que je craque émotionnellement et que je tombe en sanglot.
Mais il va la finir pour nous deux, nous sommes au km80 et il lui reste “que” 25 bornes.
J’ai la chance de pouvoir être récupéré en voiture par Morgane et je réfléchis déjà à prendre rdv chez le nutritionniste.
Nous rentrons sur Annecy pour voir Camille arriver. C’est là que je me dis qu’en Ultra trail, le plus important, c’est d’arriver peu importe le temps. Camille a eu une très belle gestion de course pour le coup, contrairement à moi.
Belle leçon d’humilité cette Maxi Race 🙂
UTCAM (120k – 7.5kd+ – DNF)
Sacré chantier en perspective cet UTCAM !
Je me méfie beaucoup de cette course et l’appréhension est d’autant plus forte que je connais à présent mes limites.
Suite à la MAxi Race (80km/4500D+ malgré abandon), je n’ai ressenti absolument aucune douleur dans mes jambes. C’est ma seule satisfaction, l’entraînement paie !
Mais rien ne sert d’avoir des jambes d’acier avec un estomac en paille. Il faut donc aborder sérieusement le sujet et consulter !
On me conseille d’aller faire un tour au centre médico sportif de préfontaine à Saint Germain.
J’espère au fond de moi qu’il existe un médicament miracle à administrer en proactif pour détendre mon estomac. Mais rien du tout, le médecin occulte toute prescription car on ne connaît pas les effets secondaires sur ce type d’effort. Je comprends.
Je vais donc voir une nutritionniste et pas n’importe laquelle car il se trouve qu’elle travaille en partie avec les joueurs du PSG.
Elle me propose de tout changer, de prendre des produits du quotidien que mon estomac connaît bien et d’espacer les prises toutes les 45min.
Je me dis pourquoi pas même si je ne suis pas vraiment convaincu (peut être car je suis un supporteur de l’OM :))
J’attends avec impatience le programme qu’elle doit m’envoyer (à 250 balles la consultation je suis exigeant). Apres plusieurs relances, elle m’envoie son programme qui est alors très loin de m’impressionner et qui manque de précision et de rigueur de mon point de vue. Je ne vais pas rentrer dans les détails ici, mais après avoir suivi toutes les conférences en ligne d’Alain Roche, je commence un peu à connaître le sujet de l’alimentation pour l’ultra endurance.
Bref, je m’engage pour ce chantier qu’est l’UTCAM chargé de bretzelles et des pompotes que j’ai fait essayer d’assimiler toutes les 45minutes. Ca fait rêver !
Heureusement, je suis très bien accompagné pour cette course puisque mon cousin Joachim ainsi que le parrain de mon fils Erwan seront à mes côtés. Joachim se nomme à présent “Monsieur poudre” car aura la responsabilité de me ravitailler en boisson d’effort et Erwan “Monsieur pastille” pour les électrolytes. On va être bien !
Départ 5h du mat et donc réveil à 3h. Encore une nuit blanche me concernant, je n’arrive décidément pas à dormir avec l’excitation de la course. Pas grave, car très bien pour se préparer pour la Diag !
J’avoue que je ne sais pas vraiment quel rythme adopter au départ. L’expérience récente a montré que soit je pars trop vite et j’ai mal au bide, soit je pars cool et j’accélère et j’ai mal au bide. Bref, j’ai mal au ventre…
Je décide cette fois d’adopter un rythme continu pour habituer mon ventre.
Le début de parcours est absolument magnifique. On passe par les pistes d’une station de ski pour nous retrouver sur la ligne de crête des montagnes au lever du soleil. Je profite alors de cette course, que je redoute mais qui me procure un plaisir absolu à ce moment précis.
Tout se passe bien, trop bien, les paysages sont magnifiques et je me rapproche du premier gros ravito km35 ou messieurs poudre et pastille m’attendent.

Avec cette assistance sur mesure, je peux vraiment me reposer sur le ravito et réfléchir à mon alimentation. Pour l’instant, ras, mais je me méfie. Je me fais mon “sandwich” tuc/viande de grison habituel et je repars en faisant un câlin à mes deux acolytes sans perdre trop de temps (c’est dingue, cet esprit de compétition habite en moins, impossible de m’en débarrasser malgré tous les récents déboires)
Je repars et au bout de qq km, je me rends compte de ma première erreur que je vais payer cher. Le ravito se situait en plein milieu d’une grosse descente (c’est rare mais c’est comme ca). Je n’avais pas regardé le parcours dans le détail, et quand il s’agit de nutrition, c’est la base !
Je me retrouve donc à continuer un descente sur plus d’une heure tout en digérant le ravito avec le ventre rempli. J’essaye de ralentir le rythme, et je dois forcer sur les quadris en mode amortisseurs (pas grave, les jambes sont mon point fort).
Arrivé en bas, il fait 38°C…
Heureusement, les locaux ont prévu le coup et je passe mon temps à me faire arroser au tuyau d’arrosage.
Nous sommes au km 45 et je me rends compte que le prochain ravito est dans 10km, et que pour le rejoindre, une ascension de 1800m de d+ nous attend.
A ce moment, nous discutons avec les traileurs qui m’entourent et sommes tous affolés quand nous comprenons que nous allons devoir grimper durant au moins 4h sans ravito.
C’est à ce moment qu’il faut commencer à se rationner en eau, à 38°C….
Heureusement l’altitude fait baisser la température.
Au km 48, les gargouillis reviennent ! Gros coup au mental car j’avais respecté les consignes de la nutritionniste à la lettre. Je sais à présent que je vais devoir repasser par le mode zombie, c’est inéluctable.
Deux choix s’offrent à moi. Soit je continue en misant sur une arrivée au plus vite au ravito pour me reposer, soit je fais une pause de suite et je continue quand ca ira mieux. Oui mais si la situation ne s’arrange pas et étant données mes réserves d’eau, je me mets clairement en danger à attendre seul au milieu de la montagne sans assistance possible.
Je décide donc de continuer, et de toute manière, vu les réserves d’eau qu’il me reste, zombi ou pas, je sais que je vais être déshydraté quoi qu’il arrive.
A 5km du ravito, je vomis tout le contenu de mon estomac et je vais être à nouveau dans un état singulièrement très difficile à tenir.
Je songe à nouveau à abandonner, deux fois de suite, et croyez moi, je n’abandonne pas si facilement. Mais quelle souffrance de conjuguer à la fois hypoglycémie et déshydratation.
Le zombie arrive au ravito pour retrouver ses compères qui hallucinent de le voir dans un état à l’opposé de celui du précédent ravito.
Je n’ai plus envie de continuer. Seule bonne nouvelle, le ravito dispose d’une assistance médicale (vs celui de la Maxi Race).
Un médecin me prend tout de suite en charge, m’administre une bonne charge de glucose ainsi qu’un anti-vomitif et me laisse me reposer sur une civière.
Je fais à présent partie du monde non pas des traileurs compétitifs qui cherchent la performance mais plutôt de celui des traileurs galériens, qui cherchent à survivre.
Au bout d’une heure et demie, miracle, je vais beaucoup mieux. Mais vraiment ! L’estomac semble avoir ressuscité, je n’ai plus de vertige, je me sens frais quasi comme au départ de la course.
Je décide finalement, après accord du médecin, de reprendre la course !
J’enchaîne les premiers km à vive allure, non pas pour aller chercher quoi que ce soit, mais plutôt pour me venger de ma situation.
Je dépasse une multitude de traileurs ce qui me regonfle le moral. Certains observent que je n’ai pas de bâtons et disent “en voilà un qui prépare la diag”. Car effectivement, je suis encore l’un des rares con sans bâtons à cette course.
Et puis au fil des km, je réfléchis (ayant récupéré toute ma lucidité).
J’ai perdu beaucoup trop de temps sur cette course, il est 18h j’arrive au km 75. Reste ensuite plus de 40km pour finir avec un passage de cols dans la nuit à plus de 2500m d’altitude. L’orage courant en fin de journée du mois de Juillet commence à arriver, et mon arrivée à ce rythme est prévue aux alentours des 4h du mat !
Je n’ai rien à aller chercher ici et j’ai compris comme resoudre mon pb de ventre en réactif (j’aurais préféré en proactif mais bon).
Je me sens prêt pour la Diag, et j’envisage donc un nouvel abandon mais totalement assumé cette fois.
Et puis, j’ai besoin de me faire du bien après toutes ses désillusions. Mes potes sont en train de prendre l’apéro et je n’ai qu’une seule envie, c’est de les rejoindre !
Au ravito du km 75, je mets donc le clignotant à droite mais fièrement cette fois. Cette course m’a permis de mieux comprendre mon pb et de savoir que rien n’est rédhibitoire.
En revanche, plus aucun intérêt d’aller chercher la performance. Humilité +++
Je décide donc de mettre une grosse pause à l’entrainement durant tout l’été, j’ai besoin de passer à autre chose et de me refaire plaisir dans le sport.
Je passe donc l’été à faire du vélo et de la natation mais surtout pas de course à pied.
Voilà donc la raison de la non linéarité de mon entraînement.
Il faut parfois savoir ralentir pour mieux avancer ensuite. Je suis convaincu qu’en continuant, j’aurais détruit mon moral voir pure j’aurais pu me blesser.
La reprise de l’entraînement n’est pas prévue avant mi-Août, retour à la vie normale !
Voilà, c’est ici que s’achève le récit de cette préparation à l’impossible. Car il est impossible d’être prêt pour ce type de course mais mieux vaut se sentir préparé.
C’est mon cas à priori.
Je souhaite remercier de tout cœur toutes les personnes ayant participé à cette histoire. Ma maman Danièle lors du Trail du Grand Ballon d’Alsace, mes potes Morgane (“Momo”) et Camille (“Caca”) sur la Maxi Race, ainsi que Messieurs poudre et pastille sur l’UTCAM. Et je n’oublie pas mon coach ultra, mon as de carreaux, Thomas pour ses précieux conseils et pour m’avoir accompagné lors des pires séances d’entraînement.
J’ai également une pensée pour mon fils, qui, grâce aux quelques siestes, m’aura permis de me défoncer les jambes sur le home trainer 🙂
Un projet de cette envergure ne peut se faire seul, j’aurais une pensée pour vous tous durant mon périple réunionnais.
Place à la course, place au challenge, place à la souffrance mais surtout place à la délivrance 🙂
Cette course, je la fais avant tout en mémoire de mon papa et de ma belle maman et je sais qu’ils seront avec moi dans les moments les plus difficiles.
J’y vais mais j’ai peur 🙂
Forza ! (comme dirait mon père)








