L’enfer au Paradis (récit de notre course)

// écrit par Thomas, commentaire de Sylvain en bleu

Ce titre, qui m’est venu tout naturellement pendant la course, résume parfaitement cette journée du lundi 7 septembre. Place au récit…
Pourquoi le paradis? 
Pour les suedois et les suedoises : accueillants, gentils, avenants, grands, blonds.
 Pour la beauté des paysages : une multitude d’ilots qui parsèment la mer baltique au large de Stockholm, la verdure, le relief des îles traversées, le mélange roche/verdure
Pourquoi l’enfer? 
Pour tout le reste de ce récit…

Dimanche 6 septembre : départ pour l’île de Sandhamn
L’orga nous prenait en charge du dimanche midi au mardi matin, à partir de Stockholm. Très bien, ça évite les préparatifs et de se prendre la tête. En même temps, faut dire que Sandhamn est à 2h30 de Stockholm, perdue en pleine mer.

Arrivés à l’embarcadère, on voit le bateau avec l’inscription Ötillö, on y est ! Le temps s’est gâté, il pleut bien, les sacs sont trempés et il fait froid… comme si la météo voulait nous habituer à quelque chose…

Et la passerelle qui descend au bateau était ultra glissante ! peut être un signe anonciateur de ce qui allait nous arriver le lendemain…mais pour l’instant tout va bien, on est serein, même pas peur, c’est que du bonheur !Untitled

Le bateau est déjà bien rempli, et avec Sylvain on se dit « ha ouai, ya que des gabarits de malades ! » entre 1m80 et 2m, baraques comme il faut, affutés. On sent déjà une certaine tension dans l’atmosphère, alors que nous, nous sommes plutôt « à la cool ». Tout le trajet se résumera à des successions d’îlots, ayant 1 ou 2 habitations… on se demande comment on peut bien vivre avec tant d’isolement !?

Il fait froid, le ciel est couvert, et il pleut… chacun parle avec son binôme, puis les liens commencent à se faire. Nous faisons la connaissance d’autres français. Il y a des nouveaux comme nous, et d’autres qui n’en sont pas à leur premier Ötillö. On essaie de glaner des infos, comparer nos choix, voir si on n’a pas loupé un truc hyper important, car ce qui me stresse le plus à ce moment-là, ce n’est pas la difficulté physique, mais l’inconnu.

Je confirme il fait froid sur le pont du bateau, on y va par intermittence pour ne pas attraper la crêve. Je regarde la beauté du paysage, et j’essaye d’oculter le fait que demain, on va passer un bon paquet de temps dans ce froid et dans cette eau !

Premier point, l’eau. Certains emportent de l’eau, d’autres non. Nous ferons le choix de ne pas en prendre vu les 8 ravitos sur le parcours (on aura eu raison). Ensuite le froid, comment les autres abordent Screen Shot 2015-09-14 at 9.28.02 PMcet éléments, qui sera au final un élément clé de la course !? Bref, on voit qu’on n’est pas les seuls à avoir ce sentiment de tâtonnement dans les préparatifs.

Sauf que souviens toi, on a quand même croisé des équipes en train de bosser le parcours sur des cartes au format A4 “mais ils les ont trouvé ou ces cartes ?? Tu veux mon compas?”. Bref, on se dit qu’on est peut être à l’arrache sur la reco du parcours, mais on connait l’essentiel ainsi que notre stratégie de course (pas partir trop vite et en garder pour le semi en fin de parcours), les détails, on va les vivre en live demain !

A quelques minutes de l’arrivée, des éclaircies ! On se dit que le beau temps est revenu et que demain, ça va être soleil !

Tout ce beau monde débarque sur l’île de Sandhamn. Tout le monde est calme, il n’y a pas d’éclat de voix. Tout est ordonné, les athlètes « suivent » les indications sans d’autres signes d’expression ou de ressenti. Dès qu’on a posé le pied à terre, on se retrouve face au départ qui nous attend demain matin ! On reconnait tout de suite les lieux qu’on a vus et revus sur les video internet… ca y est, on y est !!! A ce moment, c’est un mélange assez bizarre d’excitation et de stress.

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On est vite orienté vers le checking du matos et le retrait des dossards. Nous sommes la team 68, on récupère le chip (pour le temps) ça y est ! On retire les quelques goodies et direction la vérif du matos. A ce moment on croise une équipe de français. On discute et le mec nous dit « ouai ils vérifient tout, sifflet, bandage, couverture de survie, .. » quoi ! Couverture de survie ! Mais on en n’a pas ! Le stress remonte en flèche direct. Je lui demande de nous prêter la sienne juste pour passer le contrôle. Au final, ras, ils ont tout vérifié sauf la couverture de survie !

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A ce moment, certains doivent se demander, mais Pipa, elle est où dans cette histoire !? Et bien elle a pris le second bateau de l’orga. On décide d’attendre Pipa le second bateau histoire de s’imprégner du moment présent, avant de rejoindre notre chambre. On voit un mec en costard cravate qui dénote de toutes les autres personnes présentes. On pense tout de suite à un mec au service de Pipa qui lui aurait apporté ses vêtements pour parer à toute météo. Et bien non, le mec était en binôme avec un grec au physique de Conan le barbare, l’extrême opposé !!! Cette course est dingue !

On rejoint l’hotel, il est très joli. C’est la fameuse « maison » rouge que l’on voit sur les video et photo officielles.

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C’est à ce moment qu’on se rend compte qu’on a oublié notre banderolle, the banderolle, sur le bateau…et le bateau, il est déja reparti sur Stockholm, noooooonnnnnn !

Pas de panique, l’organisation est vraiment bien ficelée, et ils ont pris soin de décharger tout le matériel à quai (avec les 112 caméras de Canal+). On retrouve vite The Banderolle, ouf, sans ca, j’avais peur de devoir annuler la course 😉

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On décide de profiter des dernières minutes de jour pour faire le repérage de la première session CAP. C’est 100% nature, sol humide, et pas mal de branche au sol. Mais c’est plat, donc on se voit bien courir à un bon rythme. On est confiant, ça va le faire !

A ce moment précis, je me souviens Thomas me dire “regarde comme le parcours est sympa, ca va être agréable de courir sur ce type de terrain, c’est plat, c’est confortable”, on est joyeux, on se prépare à prendre du plaisir.

On arrive à la première nat, la plus longue de 1700m. On observe le courant, on voit déjà qu’on partira de l’extrémité droite de la plage. L’île en face paraît trèèèès loin ! Faire 1700M en 1 aller, c’est différent que de faire des boucles ! Surtout qu’ici, ce n’est pas un bassin mais la mer !

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17h, l’heure du briefing « in English ». Les 120 équipes / 240 athlètes sont tous réunis dans la même salle. C’est impressionnant. Beaucoup de suedois, on a l’impression qu’ils ne ressentent pas le froid ! On est au milieu de ces « bêtes de compètes », je me demande si on ne dénote pas trop au milieu d’eux !

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On n’apprend pas grand-chose par rapport aux infos qu’on a eues dans les newsletter de l’orga. Ca commence par une video des éditions précédentes, on a des frissons, on est dedans ! Ensuite, vient l’explication du tracet :

–  Après la première CAP, bam, 1,8km de nat pour bien commencer de bon matin !

–  Ensuite, cap très technique et très dur, puis nat

–  Ensuite, cap compliquée et attention aux chutes, puis nat

–  Ensuite cap très tendue, bla bla bla

En gros, toutes les sessions cap sont présentées comme difficiles et compliquées… ça promet ! Arrive la partie des 2 sessions nat de 1400 et 1000m. Le gars nous dit « attention aux courants, ça va fort, jusqu’à 15 nœuds (50km/h environ) donc analysez bien et faites pas d’erreur. L’année dernière, des team avaient été emportées par le courant et impossible de revenir, donc disqualifiées »… gloups, ça jette un frisson dans la salle…
Départ de la course : entre 5h40 et 6h15… ça dépend du trafic des bateaux sur la première session nat. L’orga donnera le départ quand ils auront le « go » de la régulation marine locale.

Le dernier slide de la prez affiche « Monday : sunny and windy »
Alors après coup, Sunny il a bien été gentil mais il a joué à cache cache un peu trop souvent. Et Windy, elle l’a un peu trop ramené !

Je me souviens qu’ils ont d’avantage insisté sur le côté “sunny”, en précisant juste que le vent vient du Nord et puisque nous allons globalement vers le Sud, nous aurons le vent dans le dos ! Et la température de l’eau entre 16° et 18° (“usually, Michael is a liar, but this time I promise this is true”). La réalité du lendemain sera un chouia différente….

UntitledEnfin, le briefing se termine par un « happy birthday to you Pipa » ! Hé oui, c’était son annif ! On a tous fait la teuf jusqu’à 5h du mat, on s’est pris des cuites et Pipa a terminé à poile… Tout le monde est parti manger son plat de pâtes et direction dodo. On en a profité pour checker une nouvelle fois le matos et s’équiper en condition de course. En effet, Thierry qui a fait l’Engadin en juillet nous a filé avec tshirt merinos, ceinture swimrun avec sangle et mousqueton, bandeau neoprene.

Merci Thierry, tu as grave assuré !!!!!

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JOUR J : ou comment vivre l’enfer dans un environnement paradisiaque…

Forcément, on n’a pas dormi beaucoup ! Réveil à 4h du mat… 3h56 plus exactement, Sylvain est pas content je lui ai graté 4 minutes de sommeil :-P
Au p’tit dej, il y a une profusion de bouffe. Mais 
l’apUntitledpétit n’est pas là en ce qui me concerne. Je mange normalement, sans trop me forcer. On retourne dans la chambre et on se prépare… on prend tellement notre temps que à 5h40, on était encore dans la chambre, pas prêt !

Je précise, nous écoutions (chantions) du JJ Goldman à pleine balle à 5h du mat pour nous décontracter (et oui JJ, on assume !!) …”Encore un matin….au bout de mes rêves…”

Pic de stress, go go go, on descend à la réception, quasi tout le monde est dehors prêt ! Heureusement que nous étions accompagnés, on a laissé nos bagages un peu comme ça. Il pleut, il y a du vent, et il fait froid… ça s’annonce déjà difficile et on attend l’embellie promise par la météo !

Honnêtement, je m’attendais à du ciel bleu…la naîveté du matin. Quelle désillusion en sortant dans le froid, le vent et le ciel sombreL Et vous allez comprendre, ce n’est que le début de ma désillusion matinale !

C’est pas grave, c’est que du bonheur !

On ne sait plus trop où aller, ni quoi faire. Finalement on se rend compte que le départ n’est pas encore pour tout de suite. Les visages sont fermés, concentrés. On récupère la balise GPS que Sylvain portera, et j’active la puce du chrono que je porterai.

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A ce moment, je croise le français qui m’avait prêté sa couverture de survie. Il est en panique : il a cassé la fermeture de sa combi, impossible de la fermer ! Je l’aide mais impossible ! il crie « Qui a des épingles à
nourrice !? » je me dis qu’il est barjo de faire la course avec une combi fermée comme ça. HUntitledeureusement, un autre français avait une 2nde combi dans son sac, et pile à sa taille !

le bol !  Il pourra prendre le départ.

Les 120 équipes se dirigent vers la ligne de départ. Contrairement à d’habitude en triathlon, je ne me faufile pas pour être devant… on reste bien sagement dans le fond, on choisit de gérer au maximum la course et de partir lentement, pour être plus raide sur la 2nde partie de la course, où le 20km nous attend.

Sur la ligne de départ, je suis super excité. Enfin la course ! On y est, on ne peut plus faire marche arrière ! Et à ce moment-là, on n’imagine pas ce qui nous attend sur ce parcours des plus difficiles !

Tu oublies de mentionner que tu n’as pas fait de triple noeuds à tes lacets…on en reparlera 😉

6h, le départ est donné. Devant ça part en sprint, nous on trottine derrière tranquillement, ça fait l’échauffement. Arrive la plus grosse session nat. Comme repéré la veille, on se met bien à droite. On choisit de ne pas se sangler, Sylvain devra me suivre et moi je regarderai régulièrement où il est pour ne pas se faire disqualifier. L’eau est froide… mais pas tant que ça finalement (pour le moment). De plus, l’eau n’est quasiment pas salée ! Très bon point pour s’hydrater en cours de course, on peut la boire sans avoir envie de vomir à chaque gorgée !Untitled

(A l’arrivée, on apprendra qu’une autre équipe a abandonné à cause de maux de ventre dus à l’eau de mer ! Nous avons l’estomac solide avec Sylvain !)

On nage, le soleil se pointe à l’horizon, derrière nous. L’ambiance est magique et les couleurs du ciel sont superbes ! Je suis bien, les bras sont là, je n’ai pas froid, c’est le pied !

C’est le ressenti de Thomas, le mien est sensiblement différent…

Je regarde Sylvain, il est derrière à plusieurs mètres. Je ralentis la cadence, mais il ne remonte pas. Je m’arrête dans l’eau pour qu’il me remonte. Ses lunettes prennent l’eau, il a mal mis son bandeau neoprène. Il replace le tout, et on repart. Quelques minutes plus tard, je me retourne, Sylvain est déjà à plusieurs mètres derrière. Il a du mal à me suivre. Il me crie « faut qu’on nage à côté ». Le problème c’est que j’ai l’impression que dès que je me mets à nager, je le distance. Je me rends compte qu’il n’est pas dedans, que ses bras ne veulent pas tourner. Sur les 1700m, je l’attendrai plusieurs fois dans l’eau, sans nager. Je vois les autres équipes qui nous doublent.

En fait, sans comprendre la raison, je n’ai juste pas de bras. Impossible de pousser sur les plaques. Ca m’énerve, et Thomas s’éloigne. Je me dis on va se faire disqualifier dès le début, j’essaye de crier “Thomas revient”, je ne sais pas s’il m’entend. Et pour rajouter de la difficulté, mes lunettes ne sont pas étanches, en fait c’est la bande de néoprene qui en est la cause, je m’arrête pour régler ca, je repars, je vois Thomas loin devant à l’arrêt. Je me dis “tous ces km d’entrainement en nat pour faire ça, t’es vraiment une m****rde”. Je suis dépité, la journée va être longue, et si je ne retrouve pas mes bras, Thomas va devoir trainer son boulet..

On arrive à la première île, il a froid, il me dit qu’il n’arrive pas à nager, son corps n’a pas encore pris le départ ! Pendant qu’il s’extirpe de l’eau, je regarde derrière nous… il n’y a quasiment plus personne !!! On est dans les derniers ! Gros coup au moral, on se dit que le niveau est ultra relevé. Les équipes féminines sont quasi toutes devant nous, ya du niveau partout ! On débute la cap sur l’île. Alors pas vraiment cap, mais plutôt numéro d’équilibriste !

Ok on n’a pas été bons (ou plutot je n’ai pas été bon), mais quelle stupeur quand, en se retournant, on se rend compte qu’on est vraiment à la rue, dans les derniers. Pas l’habitude d’avoir cette sensation en triathlon !

Notre point fort qui devait être la nat s’avère être notre point faible, quelle désillusion !!

C’est pas grave, il reste la course à pied, et je compte bien envoyer !

Les rochers sont trempés, parfois avec de la vase, ça glisse à mort ! On est en tension sur les quadri tout le temps. On aimerait aller plus vite, mais on évite à chaque pas de tomber, impossible d’accélérer. Avec nos chaussures trail minimalistes, on sent toutes les aspérités du terrain. On se répète à haute voix « mais on peut pas courir, c’est quoi cette course, c’est trop dur, etc… » Plusieurs team chutent devant et derrière nous. On essaie d’assurer mais pas facile.

Effectivement, c’est le parcours du combattant, tout le monde se bouscule, les concurrents sont au taqué. Certains, acrrochés entre eux, me cisaillent avec leur corde en essayant de me dépasser dans des endroits où le dépassement devrait être interdit. Je m’énerve, j’envoie qq insultes en anglais, ils me comprennent et se ravisent. Pour faire monter la tension, nous avons un hélicopter qui nous tourne autour, en passant très prêt de nous à certains moments.

Seulement 800m de cap, on retourne dans l’eau. Il y a du courant et des vagues… l’eau est plus froide qu’avant… Je m’élance en premier. Sylvain suit, mais rebelote, il n’arrive pas à nager, je dois l’attendre dans l’eau sans « bouger ».

Ca va être une longue journée si je n’arrive pas à retrouver mes bras ! A force d’essayer de bourriner avec ces bras amorphes, je commence à ressentir une douleur à l’épaule gauche, qui ne me quittera plus par la suite (tendinite à l’arrivée)

Les 10/15 premiers km seront identiques : difficile, voire impossible de courir, et nat compliquée pour Sylvain.
On passe devant le premier cut-off. Je regarde ma montre : on est qu’à 30 min du cut-off ! gros gros stress, d’autant plus que le gars de l’orga, en nous voyant arrivé nous dit « Hurry up ! ». On a le premier gros doute : cette course est-elle si élitiste que ça !? Avons-nous vraiment le niveau ? Quand on a subit les premières transitions, on peut se dire qu’on n’y arrivera pas tellement il nous a été difficile d’avancer sur les îles !

Je suis en train de me dire qu’on va se faire disqualifier car on est trop lent, trop mauvais…Mais on réagit très bien avec Thomas, on s’encourage, on se motive chacun avec ses mots. Je me souviens des miens, je ne vous dirai pas tout mais je me motive à base d’insultes sur la course (“p***tain d’Otillo”) et sur les concurrents (“on va tous vous ****”). C’est ma façon à moi de me remettre dans la course, tout en gardant bien sur mon fairplay à l’extérieur, mais l’intérieur bouillonne, j’ai la rage, j’ai envie de tout déchirer devant moi, jamais eu cette sensation d’être aussi mauvais, on ne va pas se laisser faire !

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Heureusement, les sessions cap d’après sont moins accidentées et on arrive à courir. On s’habitue également à courir sur les rochers glissant, on est de plus en plus à l’aise à faire les équilibristes.

Tu oublies de dire que tu dois t’arrêter à deux fois pour refaire tes lacets, juste au moment où l’on remet du gaz….Pas de panic, la course sera longue 😉

Le froid de l’eau s’oublie vite sur les sessions cap où le corps se réchauffe rapidement. On arrive à allonger la foulée, on remonte quelques équipes, mais pas tant que ça. Je me dis « ça y est, les autres teams sont parties loin devant, on ne les reverra pas ». Surtout qu’aux entrées dans l’eau, on voyait les teams sortir de l’autre côté et gravir le relief, comme s’il s’agissait d’assaillir l’île ! Épique !

15/20km, on se sent bien, les jambes semblent s’être habituées à ce type d’effort, je crie à Sylvain « On y est là ! On est prêt, on va pouvoir y aller ! »
On arrive au ravito et 2nd cut-off, on est à 1h15 du cut-off… ouf ! On n’était vraiment pas à l’aise sur la première partie ! En plus, il y a des hot dog au ravito ! Je prends une saucisse bien chaude, ça fait trop du bien ! Je termine par un gel chocolat accompagné d’une banane, royal le repas ! On repart et on nous dit « Pipa est à 3 min devant vous ».

Je vois mes parents au ravito, mais je reste tellement concentré que je leur esquisse à peine un sourire, je m’en veux après en repartant.

Les parties cap qui suivent sont plus roulantes, et on arrive à bien courir, d’autant que le parcours est très bien balisé. Au loin je vois une team, dossard 213. Je regarde Sylvain « Hé, c’est Pipa devant nous ! » on les double, ils sont quasiment à l’arrêt, bizarre !

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Les filles devaient nous attendre à un endroit particulier où les coureurs glissent et tombent (en fait, il y en aura pleins des endroits particuliers). Bref, nous arrivons en haut d’un “tobogan” nUntitledaturel mais sans eau (donc piège) et c’est là que nous voyons nos supportices ! On va éviter de se ramasser devant elles, d’autant plus qu’elles étaient bien stressés au moment du départ. Nos acompagnants nous confierons à la fin de la course que l’état de la mer a alimenté un stress latent pour eux sur la journée !

Le soleil est bien là, il permet de nous réchauffer, c’est top ! Les conditions meteo sont bonnes, même s’il y a beaucoup de vent. Le relief est plus accessible, bref, on est remonté à bloc et on sent qu’on a la maîtrise de notre course ! Sylvain a les bras qui tournent comme une montre suisse, on envoie dans les parties nat.

C’est vrai ca va mieux, mais malgré ça, notre niveau en nat est clairement en dessous de la moyenne, qui l’eu cru ! Je me souviens d’une équipe d’américaines avec qui l’on faisait du “yoyo”, cad qu’on les dépassait régulièrement sur la cap mais derrière elles nous mettaient systématiquement une mine (je dis bien une MINE) sur la nat. Je serai curieux de connaitre leur antécédent en natation, car j’ai rarement vu ca!

On remonte suffisament de positions pour arriver sur des équipes qui ont un niveau assez proche du notre, je me souviens d’une équipe mixte que l’on avait dans le viseur avec Thomas, mais impossible de les dépasser. Je me dis soyons patient et attendons le semi en cap, là on va pouvoir enfin envoyer !

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Mais ça ne va pas durer…

Arrive la 2eme session nat la plus longue : 1400m… surnommée la « Pig swim »… Et elle porte bien son nom. On arrive en hauteur, on voit le fort courant et les vagues qui se déchaînent ! Ca s’annonce compliqué ! On décide de partir au maximum de l’extrémité de l’île possible pour subir le moins possible le courant. On décide également de s’attacher avec la sangle. On n’a jamais fait, mais le chahut de l’eau nous fait décider de jouer la sécurité, on ne veut pas se faire disqualifier.
Je mets les pieds dans l’eau, elle est gelée ! Je regarde Sylvain, je crie « Allez go, on y va ! ». Les bras sont vites gelés. On est chahuté par les grosses vagues qui ressemblent à celles de Deauville ! Le courant est fort ! l’arrivée est au milieu de l’île, je vise l’extrémité droite de l’île… et pourtant je reste sur le cap de l’arrivée… en gros on nage en crabe avec un angle de 20° ! Et là, pas question de se laisser dériver et de rattraper la dérive en courant sur la plage comme à Deauville ! Un parce que ya pas de plage de sable, et 2 car l’île est trop petite et on la louperait ! On force, on dépense beaucoup d’énergie pour avancer, pour lutter contre le courant et contre les vagues, à lutter contre le froid. De plus, première fois depuis le début de la course, j’ai la sensation de ne pas avancer… serait-ce la sangle qui me retient !? bingo ! je me retourner et voit Sylvain qui est gêné dans sa nage par la sangle. Il décide de se détacher et la sangle traîne derrière moi.

Effectivement, la sangle nous pénalise, elle m’empêche de nager et donc ralenti Thomas. Je regarde la cible au loin (reconnaissable pour un grand drapeau ainsi qu’un flash), et quand j’arrive à la voir (car ca bouge bcp dans l’eau), je me dis qu’on fait quasi du sur place !

Je sens que Thomas n’est pas dedans, ca m’inquiète, car c’est mon poisson pilote, j’enlève la sangle et décide de nager à ses côtés pour qu’il se sente moins seul et lui regonfler le moral.

Mais c’est long, il fait froid, cela fait plus de 40min que nous sommes dans cette eau glacée et déchainée contre nous, à des moment, je sens l’écume des vagues se briser sur mon dos..je commence à grelotter, j’essaye de compenser mon manque de flotabilité avec du gainage, mais je recois rapidement des douleurs au psoas et aux iscos, congelés…Pas grave, c’est que du bonheur !

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L’eau froide m’a complètement refroidit. Combiné avec les vagues, ma douleur au dos, au bas des reins, réapparaît. Et là, l’enfer commence… je me prends comme des coups d’électricité qui irradient tout le dos et me paralyse 2 à 3 seconde dans l’eau… je souffre, je pousse des cris dans l’eau tellement la douleur est forte. J’ai mal aux bras, je suis gelé, je redoute le prochain mal au dos, je suis baladé au gré des vagues… bref, je subis totalement la mer… Sylvain est remonté à mon niveau, je me dis qu’il est mieux que moi et tant mieux pour lui. Je regarde devant, j’ai l’impression de n’avoir fait que la moitié… Haaarg mon dos…. « mais c’est pas possible », j’ai déjà plus d’énergie ! Je doute de ma capacité à finir cette nat ! La première fois que je doute de moi à finir une épreuve physique, et qui plus est en natation… aurais-je trouvé et atteint ma limite ? Mais non, je ne peux pas en rester là, je poursuis… Haaaarg mon dos… les douleurs se rapprochent. Je sens mon dos complètement tétanisé. J’en chie comme c’est pas permis ! Sylvain est à 10m devant moi… la situation est inversée par rapport au début. Impossible de crier pour qu’il se retourne et m’attende. J’espère qu’on ne sera pas disqualifié, je vois plusieurs personnes de l’orga à la sortie de l’eau… je continue, j’ai l’impression de ne plus flotter et de m’enfoncer dans l’eau. Pour respirer, je dois quasiment me retourner et me mettre sur le dos… Haaarg mon dos… putain de douleur ! Je ne suis plus qu’un pantin au milieu de cette mer déchaînée. Après plusieurs longues minutes de lutte, je vois Sylvain arriver. Je ne suis plus très loin non plus. Je touche les rochers à mon tour, 20 secondes après lui environ.

Je regarde Thomas arriver, je ne l’ai jamais vu dans cet état, il est blafard. On grelotte comme jamais, on se prend dans les bras pour se tenir chaud mutuellement. Après course, je me rends compte que j’ai tellement claqué des dents que j’ai plusieurs incisions à l’intérieur des joues, pas cool !

Une dame de l’orga m’aide à me relever. Je la regarder mortifié, tétanisé, gelé, je lui lance « very difficult swim ! » Elle acquiesce et me frotte quelques secondes le dos comme si elle voulait partager la difficulté avec nous. Le surnom de « pig swim » est amplement mérité ! En comparaison, la nat de Deauville, c’est le petit bain !

Je regarde Sylvain, il est dans le même état que moi. On se dit, « allez, c’est passé, on a fait le plus dur, on va pouvoir se réchauffer en courant ». Le vent est très fort, et nous courrons sur la partie exposée au vent… mon corps tremble de partout, on ne maîtrise plus nos mouvements, on a du mal à courir, on est gelé. Nos visages sont fermés.

Je regarde Sylvain et lui lance « allez, on se fait un câlin pour se réchauffer ». Même 5 secondes, on était soudés dans cette épreuve, et ça permet de se relancer… On repart en grelottant. Je regarde la prochaine session à venir : 400m de cap… merde ! Je dois dire à sylvain que ce n’est pas finit ! Je le regarde et lui dit « heu… en fait on n’a que 400m de cap, après on retourne dans l’eau… ! » Je vois les yeux de Sylvain qui n’y croyaient pas ! Mais comment allons-nous faire pour nous remettre à l’eau alors qu’on est gelé !?

Je confirme, c’est pour moi le pire moment de cette course !

On croise à ce moment-là 2 gars de canal+ !? Mais ils fouttent quoi ici ! Je me souviens encore de leur visage quand ils nous ont vus : ils avaient peur ! Ils se demandaient ce qu’il nous arrivait (sachant que l’un des 2 nous avait vu avant où on était bien et qu’on envoyait la sauce !). Ils hallucinaient !
Commence alors la session cap très paradoxale : on court car il s’agit d’une course… mais en même temps, une autre partie du cerveau veut ralentir au maximum pour repousser le prochain supplice : retourner dans l’eau ! Il n’y a que 60m… c’est rien, mais faut y aller ! Et je crie « on se la fait à fond celle-là ! » ya que dal, on y reste le moins longtemps possible. Surtout qu’après, ya 2500 m de cap où on pourra se réchauffer en courant en combi !

A ce moment précis, tout se joue au mental, il ne reste plus que ca pour devoir se remettre à l’eau dans cet état. Clairement, je n’ai jamais eu cette sensation horrible, et je ne veux plus jamais revivre cette torture (d’autant plus que je suis frileux à la base).

Chose faite ! on est content de pouvoir courir 2500m. A ce moment, Sylvain me dit « la prochaine grosse nat c’est combien et quand ? » je regarde mes notes : « c’est 1000m…. et…. Ça arrive bientôt ! » Quoi ! mais c’est un enfer ce truc !
On passe un cut-off, on est à quasi 2h d’avance. On est bien en terme de timing au final.

Arrive la session de 1km de nat. On se rassure, après ce n’est que des petites portions. La dernière grosse difficulté est là, après c’est bon ! Je subis a peu près la même chose que sur le 1400m, les douleurs au dos qui reviennent et me paralyse dans une souffrance atroce. Je garde moins de trace sur cette portion, au final les 1km sont passés sans souffrir autant que les 1400 d’avant.

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Pour ma part, je l’ai mieux vécu que le bloc d’avant, car étonnement, je n’avais pas plus froid dans l’eau que dehors ! Le courant est tjs aussi fort, c’est une lutte permanente contre les éléments, je me souviens avoir “rugi” plusieurs fois la tête dans l’eau (une vieille méthode que j’utilisais quand je faisais du sprint). On sort finalement tout aussi congelés et grelottants qu’en rentrant dans l’eau, je dis à Thomas “pas grave, c’est que du bonheur!”

Bon, maintenant, on va arriver sur le 20km ! Finalement, le tant redouté semi d’avant course, nous le voyons comme du pain béni ! Il va nous permettre de nous réchauffer et d’envoyer en cap !

On débute le semi. On veille à prendre un gel liquide tous les 2/3km (on avait emporté 6/7 gels sur nous au départ, en prévision du semi). En effet, le ravito est au km 8. Nous ne pouvons pas boire entre temps… c’était sans compter les habitants de l’île ! On aperçoit au loin un table avec des verres d’eau ! génial ! Je regarde Sylvain : « on a bien fait de ne pas se trimbaler avec de l’eau ! ».
On court, on a chaud, on transpire même ! On enlève le haut de notre combi, on est quasi torse-nu…. Sensation bizarre quand 30 min avant, on grelottait et mourait de froid ! Le corps en prend plein la gueule ! On court, on allonge la foulée, on est bien ! 5’20 au kilometre, top !

On passe plusieurs équipes qui marchaient, on se dit que si tout le monde est dans la perspective de marcher sur le semi, on va se régaler ! Et puis, c’est bon pour le moral, et on est bien, on déroule, on allonge la foulée sans se fatiguer, la course commence maintenant pour nous !

On arrive au ravito, coca, gel, barre. Un mec de canal est là, il nous voit en super forme. Il nous suit sur quelques mètres et il nous dit que par rapport aux autres équipes on est super bien, qu’on va plus vite. On est remonté à bloc, on a le moral, cool ! On entâme les 12 derniers km du semi serein, plein d’ambition. On remonte des équipes HS qui marchent. Eux nous voient passer, ils sont étonnés qu’on soit si bien. On entend des « great job ».

C’est là que je sens une gêne dans mon genou droit, qui va rapidement se transformer en douleur. Bizarre, d’habitude, ma jambe droite est la jambe forte où je n’ai jamais mal et c’est la gauche qui foire. Je marche un peu et reprend la course, mais ça fait mal. Sylvain me dit « on trottine on va voir ce que ça fait ». Mais la douleur persiste. Je lance à Sylvain « on va essayer de courir à un bon rythme, car si on trottine, ma foulée va pas être bonne et je vais avoir mal… si on court vite, je vais mieux courir et je peux avoir moins mal ». Sylvain est étonné mais ok… on s’élance, et bingo ! je serre un peu les dents, mais c’est supportable. Je me dit, tant que ça tient, c’est cool, mais je sais que ça ne durera pas jusqu’à la fin de la course…

Au début, je pense que Thomas récoit ces fameuses douleurs “imaginées” par le corps après une longue période d’effort pour dire au cerveau “laisse moi tranquille maintenant!”. Je l’encourage en lui disant que c’est du fake, que ca va passer, qu’on est bien…

Quelques minutes après, je commence à avoir comme des éclairs dans le genou, qui me fait sauter à cloche pied pendant la course. La douleur est intense, je ne peux plus plier la jambe. Je rage. Je me dis que c’est bête, que les équipes qu’on a doublé vont revenir sur nous. J’essaie de repartir, mais en vain. La douleur est trop intense.

Là je comprends que ce n’est pas du fake, et que Thomas ne fait pas semblant. Il est en souffrance, il arrive à peine à fléchir sa jambe droite !

Je marche en tendant la jambe, ça passe. Mais il reste 15km… on va pas faire 15km en marchant bordel ! J’essaie de courir avec la jambe droite tendue, en passant la jambe en faisant des « rond » sur le côté. Ca passe… sur quelques mètres, car le terrain change et le chemin de terre plat laisse place à des chemins « miné » de trouve et d’herbe haute… Je ne peux rien faire d‘autre que de marcher. Je rage contre moi-même. On était si bien ! On avait calculé, on finissait dans les 11h15/20 vu notre rythme.

On croise une habitante qui attend au bord de la route. Elle propose eau, coca, et biscuit ! adorable ! On repart en marchant et je vois les équipes qu’on avait doublées nous rattraper… en marchant elles-aussi… pffff Je peste contre ce coup du sort… J’avance toujours en serrant les dents, surtout que la douleur s’intensifie vu que je force sur la jambe. Les mètres sont longs, on se fait doubler, je rage, on se dit que les autres team doivent nous prendre pour des amateurs qui n’ont pas géré leur effort… c’est faux ! on était et on est toujours bien au niveau des muscles ! Sylvain trottine à côté de moi. Je pourrais courir aussi, mais ce genou refuse de se plier.

Je ne sais pas quoi dire à Thomas. Au départ, je ne cache pas avoir été frustré par la situation, et voyant les équipes nous remonter (certaines en marchant !), je me dis, “surtout ne lui met pas la pression, ca ne va pas le faire aller plus vite bien au contraire”. Et puis, voyant ses grimaces, ses cris de douleurs parfois, je comprends qu’il est vraiment mal et qu’il est en train de produire un effort incroyable pour ne pas jeter l’éponge. Je ravise notre objectif, à présent, ca sera ne pas abondonner, je lui dis régulièrement “allez Thomas, on s’en fou du temps, on s’en fou des autres, il reste plus de xx km avant de rentrer dans l’eau, après ca ira mieux” (je ne savais pas encore que les 5derniers km seraient pires).

“On va la faire cette p***tain de course Thomas, tu peux être fier de toi, tu es en train de faire un truc énorme !”

Avant une entrée dans l’eau, on croise un mec de canal « mais ils sont partout ! ». Sylvain lui dit que j’ai mal. Arrivé à son niveau, caméra en point, il me demande « Thomas, il se passe quoi ? ». Je veux lui répondre mais je sens que les nerfs vont craquer. Les larmes me montent aux yeux, j’esquive la caméra et me met dans l’eau prêt à partir. Sylvain me suit. Au milieu de la nat, je me retourne, Sylvain est très loin !? A la sortie de la nat, il me dira « Putain, j’ai oublié de fermer ma combi quand on est allé dans l’eau ! ». J’hésite entre sourire de la situation comique, et redouter le froid qu’il a et va subir à cause de l’eau gelée.

D’extérieur ca m’aurait bien fait rire, mais croyez moi, après avoir marché pendant une bonne heure, le corps s’est refroidit, la vilaine sensation de milieu de course est de retour, et évidemment, j’oublie de fermer ma combi. Quelle buse !! Je pense qu’à ce moment, je n’avais plus toute ma tête…Je la remets en un coup d’éclair, mais trop tard, Thomas était déjà loin mais je pense que personne dans l’orga à ce moment aurait eu le culot de vouloir nous disqualifier !

A ne faire que marcher, on commence à se refroidir. Même s’il y a du soleil, cela ne suffit pas à nous garder chaud. On remet nos combi. Sylvain me dit « je vais faire des A/R pour me réchauffer ». Moi je force sur ma jambe gauche et je serre les dents. Le coup au moral s’accentue quand on s’aperçoit que la luminosité baisse. Le soleil est derrière les nuages, il fait beaucoup plus froid. On recommence à avoir des frissons et les mauvais souvenir du milieu de course reviennent. Non, je ne veux pas subir à nouveau cet enfer ! J’attends l’eau froide avec impatience…. Bizarre comme sentiment, mais je me dis que l’eau gelée pourrait anesthésier mon genou ce qui pourrait me permettre de courir à nouveau…

On arrive à l’eau, même sensation qu’avant : mon cerveau refuse d’y aller, et une autre partie n’a qu’une envie, y aller et en finir ! Les quelques centaines de mètres de nat n’auront que très peu d’effet au final sur mon genou. Il me fait autant souffrir à la sortie de l’eau.

Le relief des dernières portions de cap est plus difficile et ressemble aux premières sessions ! avec un genou en vrac, ça s’annonce sportif ! Je boite, je dois monter les rochers avec seulement ma jambe gauche et garder la jambe droite tendue. Je sens ma cuisse gauche qui chauffe ! J’ai toujours ces éclairs dans le genou qui me stoppent net et me font souffrir.

“Mais ca ne finira donc jamais ?!?”, le parcours redevient de plus en plus difficile, et Thomas traine de plus en plus la patte. J’ai mal pour lui, une torture, je me sens inutile, je lui parle, l’encourage et me souviens lui dire plusieurs fois “je pensais avoir du mental, mais tu es en train de me faire une démonstration, respect !”

Je sais qu’il s’en veut, je lui dit qu’il n’y est pour rien et j’essaye de lui redonner le moral en positivant “finir dans ces ciconstances c’est encore plus méritant, plus symbolique pour nos causes respectives”

A force de marcher, on grelotte à nouveau, et l’on se pisse dessus pour se réchauffer (Thomas tu crois vraiment que je peux leur dire ca ?)

D’autres équipes qu’on n’avait jamais vues nous doublent. Le moral est au plus bas. Dans cette luminosité qui baisse continuellement, je suis au fond du gouffre. J’ai cette sensation qu’on est la dernière équipe ! Car comment ne pas l’être en ayant marché en boitant pendant plus de 10km
déjà !? Pourtant, régulièrement, j’entends des voix qui arrivent derrière moi et qui nous doublent. A chaque fois je râle, je peste, je m’en veux. Mais putain, « on était si bien ! » je me le répète sans arrêt. Sylvain ne sait pas trop comment réagir face à cette situation. Il me voit souffrir. Il ne sait pas s’il doit évoquer la possibilité d’abandonner. Est-ce qu’il doit lui aussi assister à ma souffrance sans rien faire ? Dur dilemme ! Je lui dis que jamais je n’abandonnerai. Ce n’est pas dans ma nature. D’autant plus que la violence de l’abandon est ici décuplée car on est en binôme. Si j’abandonne, Sylvain est lui aussi contraint d’abandonner. Inimaginable pour moi ! Je pense à Hélène et Aurélie qui nous attendent, qui doivent s’inquiéter. Les parents de Sylvain aussi nous attendent. Je pense à vous, à mes potes du club qui nous ont suivi, qui devaient voir notre belle 2nde partie et qui d’un coup ne nous voyez plus car on a quasi stoppé notre allure. Je pense à tous les autres proches de Sylvain et des miens. je pense aux raisons perso de Sylvain et les miennes qui nous ont alignées sur cette course et pour certaines qui sont symboliques. Pour tout ça, il m’est inconcevable d’abandonner et c’est cela qui me fait tenir face à cette douleur que je ressens à chacun de mes pas !

Dernière session nat. J’ai l’impression qu’il fait nuit ! Il n’y a que 100m. On entend alors « coucou, on est là, aller Sylvain, aller Thomas ! » J’aperçois alors Aurélie qui est venu nous attendre, 3km avant l’arrivée. Je suis soulagé qu’elle soit rassurée. Un souci en moins. On est frigorifié. Comme la précédente, On se regarde avec Sylvain et on se dit, « putain cette nat on trace comme des dingues, on se la fait à bloc ». On ne pense plus au respect de la distance max. On se jette à l’eau et on bourrine dans les vagues.

La fatigue nous a fait perdre nos répères, nous ne savons plus précisement à quel niveau du parcours nous en sommes, seule question que nous avons en tête “combien reste-t-il de ces p**tains de blocs de nat ??” Et là, un mirage, une allu, j’entends la voix d’Aurélie au loin, je fais des signes, les signes me répondent, “ca y est Thomas, on y est !!”

Doublement satisfait, 1/ d’arriver à la fin et 2/ de rassurer nos accompagnants que nous étions toujours dans le coup, diminués certes, mais l’objectif premier de finir cette course va être réalisé.

On arrive sur terre. Plus de nat, trop bien ! Hélène est également là, l’arrivée est proche. Mais il reste encore plus de 3km à faire ! Le supplice n’est pas terminé. Le mec de canal est encore là ! A croire qu’il se téléporte ! Je veux absolument tenir un rythme plus rapide qu’une simple marche. Je me remets à courir avec la jambe droite tendue. A force, j’ai super mal au psoas. Je souffre à mort, ce qui contraste avec Sylvain qui reste à mes côtés et qui ne fait pas trop d’effort pour le coup.

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Encore 3km, je pense à Thomas et me dis qu’il va encore en baver. Mais incroyable, il se remet à courir, gentillement certes, mais c’est dans ces moments qu’on arrive à se transcender. Je lui donne la distance à l’arrivée tout les 200m, je savais que plus rien ne pourrait nous arrêter cette fois. Il me dit “je t’ai dit, je n’abandonne pas” et j’en avais les larmes aux yeux. Sur ce dernier bloc, Marc (journaliste de Canal+) nous a accompagné, et j’en ai profité pour lui raconter nos péripéties, car personnes n’avait vraiment réalisé ce que mon binôme venait de surmonter et je voulais que la caméra le sache, j’étais fier !

On voit l’arrivée, en haut d’une colline. Super, des escaliers nous attendent ! Je gravis les marches 2 par 2 sur la jambe gauche. On entend nos noms annoncés par le speaker, dernier virage, la ligne d’arrivée est là.

Et notre banderolle !!

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Sylvain m’attend, mais je capte plus grand-chose. Je ne veux qu’une seule chose, passer cettUntitlede ligne qui va me délivrer de cette souffrance. Je me retourne et on se prend dans les bras !

En fait, je ne t’avais pas entendu, j’avais pris de l’avance pour me mettre sur le côté et t’applaudir en te regardant passer la ligne !

Ca y est, c’est fini ! Je regarde le chrono : 12h30… loin des 11h visées…

L’organisateur nous accueille à l’arrivée. Nous félicite en nous prenant dans ses bras un par un. Je me penche en avant et j’ai l’impression que mon genou me fait encore plus mal !

L’organisateur vient à mon niveau, on me couvre d’un polaire, et là les nerfs craquent. Je pleure… je ne veux pas, je ne sais pas pourquoi, mais les larmes sont là…

Direction la maison où il y a un médecin. Le gars regarde mon genou. Il n’a pas l’air effrayé ni alarmiste. Il me file un bandage que je pourrai mettre après avoir pris la douche. Un rapide coup d’œil et on aperçoit des personnes allongées à même le sol avec des perf ! Pour le coup, les suedois sont un peu à l’arrache côté secours !

Maintenant, direction le ravito de fin : hot dog, boisson de recup, bière Otillo 10 years, sneakers, bref, on est royal ! Il manquait juste quelques bancs pour s’assoir ! On récupère également les goodies d’arrivée et surtout, on paie notre sweat Otillo finisher ! Trop fier de le porter !

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Pendant notre course, vers la fin, Sylvain m’avait posé cette question : Ötillö est-il plus dur qu’un Ironman ? Difficile d’y répondre.
On n’a jamais été dans le dur musculairement. On en avait toujours sous le pied. Contrairement à mes IM où je finis comme un zombi à l’agonie.

Néanmoins, je dirais que l’Ötillö est plus dur car ce n’est pas seulement un combat contre soi-même, mais c’est également un combat contre les éléments de la nature : eau, froid, vent. Et quand ces éléments se combinent, ça devient vite infernal. D’autant plus que des dires des habitués qui n’en étaient pas à leur premier Otillo, cette édition était plus difficile à cause du fort vent venant du nord. Autre point, l’enchaînement et la répétition des sessions de natation. Le fait d’avoir froid et de devoir à nouveau retourner dans l’eau est très dur physiquement et mentalement. Je n’avais pas du tout eu ces sensations lors de l’amphiman en Belgique.

Enfin, en passant la ligne d’arrivée, quand sur un IM je dis « je resigne pour l’année prochaine », la première chose à laquelle j’ai pensée a été : « plus jamais ça ! ». Je pense que cette réaction montre bien que j’ai vécu Ötillö beaucoup plus difficilement qu’un IM.

N’ayant jamais fait d’IM, je n’aurai pas d’avis de comparaison. Ce que je peux dire, c’est que j’ai été frustré de ne pas pouvoir me donner à bloc car il y avait toujours, pour me contenir, un rocher à escalader, une pente à dévaler, une racine (voir un tronc) à éviter, de la boue, des terrains glissants, le froid de l’eau, le froid du vent…bref du trail mais du trail très technique pour un novice comme moi. J’aime pouvoir décider moi même du niveau d’énergie que je dépense, me mettre dans le dur quand je le décide, ici c’est les éléments qui le font pour toi.

Néanmoins, je suis satisfait de mon entrainement qui m’a fait tenir dans la durée d’une course de plus de 12h, c’était l’inconnu pour moi, qui suis plus “cardio” que “endurant”. Je n’ai jamais fait de marathon, je n’ai jamais fait d’IM, mais j’ai fait OTILLO et je suis fier de l’avoir fait avec Thomas, la notion d’équipe (et pas avec n’importe quel coéquipier) rajoute une ambiance particulière à cette course, que je n’avais encore jamais ressenti !

Pour ceux qui voudront tenter l’aventure, un seul conseil, bien choisir son binôme (nous avons vu trop de binômes déséquilibrés qui ont galéré) et surtout beaucoup s’entrainer en nat, la grande (pas la seule) difficulté de cette course.

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J+3 de la course

J’ai lu tous les messages que vous avez laissés pendant le live. Je vous remercie tous, car quand on est dedans, se dire qu’il y a autant de personne derrière soi, ça donne des ailes !
Je termine ce CR. Me remémorer ces moments difficiles est encore émouvant. Mon genou va beaucoup mieux, on revient d’une balade et aucune gêne ! Par contre, je pense avoir une tendinite à la voute plantaire du pied gauche qui a supporté mon poids seul pendant les 15 derniers km de la course.

Pas de gros bobos de mon côté, une legère tendinite à l’épaule (qui m’a pourtant bien fait souffrir durant la course), quelques plaies dans la bouche (à force de grelotter), plusieurs coupures (le parcours du combattant!) et pour finir, j’ai enfin perdu un ongle, cool, depuis le temps que j’attendais çà ! (paye ta course longue distance)

Je ne cesse de me dire « mais quel dommage cette contre-performance. On y était, on remontait, on aurait fait truc de dingue, nous, les newby, tirés au sort ! ». Le choc émotionnel d’après course s’estompe. Et il laisse place à une certaine envie de revanche, contre moi, contre la course, contre le classement général, contre ces autres équipes HS qui nous ont doublés. Si l’occasion se représente, je pense que je pourrais facilement rempiler pour prouver, à moi et aux autres, qu’on avait le niveau pour viser 11h15 (soit la 40ème place environ sur 120).

C’est clair qu’on est bien revanchards, car on la tenait cette course ! Et l’on a été coupé dans notre élan par un coup du sort. Certes, ce n’est pas la physionomie de course que nous avions imaginé, mais avec du recul, je me dis qu’on a vécu des émotions inoubliables en fin de course, qui m’en font sortir d’autant plus grand. Avant, je qualifiais la “réussite” par une position dans un classement, aujourd’hui, je vois les choses différemment…

Merci à tous de nous avoir suivi, et supporté (au sens propre comme au sens figuré;)

Thomas & Sylvain

Levallois SwimRun Team

5 réflexions sur “L’enfer au Paradis (récit de notre course)

  1. Merci les compères pour ce fleuve noir (ou mer noire), c’est comme si on y était, et oui on y était !
    Et voilà que vous nous dévoilez la partie qui pour nous était du domaine de l’imaginaire voire du fantasme… et ça fait peur à postériori mais on ne vous raconte pas les angoisses à priori !
    Expérience inoubliable pour vous mais aussi pour nous, une expérience de vie que vous avez vécu et qui restera gravée dans votre disque dur et ça c’est tout bénèf …
    Merci en tout cas pour cette performance pour laquelle on est vraiment très fier, une démonstration de votre volonté et de votre engagement jusqu’au bout, et cela aussi imprimera notre disque dur.
    Une pensée pour vos compagnes qui se sont engagées avec vous « à fond » et nous sommes très fier d’avoir fait la connaissance de Thomas et d’Hélène.
    Jacques et Rébecca TEXIER

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  2. Bonjour Sylvain,
    vous ne me connaissez pas … mais, je connais vos parents ..;
    j’ai lu  » ce récit  » avec beaucoup d’émotions …
    vous êtes resté en solidarité avec Thomas et l’inverse ..
    vous avez franchi tant d’épreuves physiques et morales ..
    vous serez à jamais  » grandi  » par ce parcours …
    vous avez de quoi être fier, ainsi que vos parents!!!!!!!!!!!!!!!!!!
    amicalement
    martine

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  3. « si on court vite, je vais mieux courir et je peux avoir moins mal ». Sylvain est étonné »
    c’est ce que je t’avais dit il y a 11ans en remontant vers la batarelle,et effectivement là aussi ca t’avait étonné..normalement là ca n’aurait pas du t’étonner (retour d’expérience) 🙂

    je suis très très fier de toi

    N;B:je t’attends toujours au marathon des sables

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  4. Bonjour
    Je ne connaissais pas cette course, je l’ai découverte sur Canal + le week-end dernier, depuis je cherche sur le net avec une fébrilité non feinte des infos sur celle-ci mais je ne parle malheureusement pas Suédois. Jusqu’à ce que je tombe sur ce compte rendu.
    Bravo et merci c’était extra à voir et encore mieux à lire.

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