La SaintéLyon 2016

Les récentes expériences SwimRun nous ont montré qu’il faut évidemment savoir nager, mais également avoir une bonne expérience sur du trail running.

Pour l’année prochaine, et si nous souhaitons passer un cap en SwimRun, il faudra forcement travailler la partie trail pure.

D’où ma participation à la SaintéLyon cette année pour ma part (Thomas a décidé d’hyberner cet hiver ;)), on pose le bonnet de bain et les plaques et on investi dans l’équipement typique du trailer nocturne en hiver ; chaussures renforcées avec du grip, gilet d’hydratation, gant, bonnet, frontale..

Pour la SaintéLyon, le choix d’équipement n’est pas simple, le terrain est un mix entre routes et chemins, il peut faire froid et sec comme doux et humide.

D’où ma grosse interrogation sur le choix des chaussures, avec ou sans crampons.

Finalement, j’ai opté pour les Salomon Slab Wings SG, car je préfère être stable sur du gras et éviter de dépenser de l’energie inutilement, quitte à perdre en confort sur la route.

A noter que mon expérience chez Salomon en ce qui concerne les chaussures est très mitigée, ca manque de souplesse et de légèreté pour ma foulée. Et puis quand on a l’habitude de courir avec des Saucony Kinvara (les meilleures chaussures de l’univers) forcement tout changement devient délicat.

Niveau entrainement, là aussi on cherche du sur mesure avec un entrainement adapté à un effort long en course à pied. Contrairement au SwimRun où l’on alterne les deux, en trail, pas de place au repos pour les jambes qui restent constamment sollicitées.

J’ai donc demandé au coach de notre club de triathlon de me préparer un programme d’entrainement spécifique, en voici un extrait :

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Après une bonne prépa sur 8 semaines (inédit pour moi), j’arrive donc en confiance pour cette course. Accompagné de me ferventes supportrices, Lilie et notamment ma mère qui se déplace pour la première fois pour me supporter. Il ne s’agit pas de les décevoir.

Arrivé dans le hall Tony Garnier pour récupérer les dossards la veille, euh non pas la veille, ou presque, enfin bon, je me rends vite compte qu’il s’agit bien là de ce que j’appelle une « course usine » ce qui m’incite à vite m’isoler de toute cette masse de gens brouillants et agités.

H-1 avant le départ sur Saint Etienne, on se retrouve avec les collègues du club pour la photo de famille avant de prendre le départ :

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La question du moment, car il y a toujours LA question du moment avant le départ, c’est : « Va t’on partir dans le première vague de départ ?? », ce qui revient à se geler les miches au moins 40min dehors sans bouger, ou l’on attend au chaud à l’intérieur au risque de partir plus loin et de devoir remonter les rangs durant la course. Unanimement, nous prenons la seconde option car il fait vraiment trop froid dehors.

Vu le monde, difficile de ne pas se perdre au départ, mais finalement, nous arrivons à nous retrouver avec Franck et Karim.

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Karim me dit que je vais faire la course devant, car il n’est pas entrainé et qu’il s’est tapé un sprint sur 7km ce matin avec des potes. A ce moment, je prends la remarque à la rigolade, sachant que j’ai en face de moi l’un des meilleurs trailers du club et certainement le plus modeste !

On fait les 7 premiers km tous les 3, on remonte tellement de gens. Vu que nous étions dans les 5000 participants sur 3 vagues, je pense que nous sommes partis dans les 2000-2500, et au premier pointage, nous étions déjà dans les 500. Je vous laisse faire le calcul, mais cette course est un slalom sans fin.

Première bosse, je pense au conseil du coach « c’est à partir de Sainte Catherine que commence la course » donc je me contiens et fais tourner les jambes sans forcer. C’est la que je me rends compte que je suis à présent tout seul, je viens effectivement de perdre mes deux compères du club, et à présent, je comprends que la course va se faire seul, au milieu de cette nuit noire.

Je suis bien, les jambes répondent, nous arrivons au premier ravito de St Christo en Jarez, que je survole car je ne me sens absolument pas entamé après ces premiers 15km. Je vais payer ma négligence de ravitaillement un peu plus tard et effectivement, arrivé au second ravito, Sainte Catherine, je sens que je commence déjà à être dans le dur. Cette fois, je prends mon temps et en repartant, je commence à sentir des douleurs au niveau des quadri et adducteurs, douleurs qui ne partiront plus.

Au 35km, j’arrive au pied d’une bosse qui n’en finit plus et c’est assez usant de monter dans le noir et la gadoue sans savoir quand cela s’arrête.

Arrivé en haut, commence une longue descente histoire de poncer ce qu’il me reste de jambes, j’essaye de penser à autre chose, à cette masse d’entrainement qui a mis ma vie à standby durant 8 semaines. Je râle intérieurement en me disant qu’il aurait fallu faire bcp plus de D+ et que mes jambes n’étaient pas prêtes en réalité.

Tant pis, je me dis qu’il va forcement y avoir du plat par la suite et que je vais pouvoir me rattraper et récupérer …illusion d’un mec dans le dur.

Mais si seulement il n’y avait que ce pb de jambes…

Effectivement, à partir du 40km, je commence à ressentir des crampes ultra violentes et aigues au niveau des intestins, j’apprendrai plus tard que boire l’eau gelée de mes flasques en aura été la cause (cf Engadin avec l’eau des lacs).

Je me dis « non, pas cette fois, pas encore » et serre les dents en priant pour que la douleur s’éloigne. Mais ca ne sera pas le cas, impossible de contenir la douleur, j’en ai les larmes aux yeux, obligé de mettre le cligno à droite pour faire la seule chose qui reste à faire dans ces cas là.

C’est reparti, je me sens mieux mais après avoir lutté pendant une bonne heure, je n’arrive pas à reprendre mon rythme. Et le terrain de m’aide pas, c’est jamais plat. Pourtant l’on m’avait dit que le parcours était roulant…tout est relatif, c’est effectivement plus roulant que les trails de Karim, mais svp, j’ai besoin d’un morceau de plat pour me refaire la cerise.

Je sors du ravito de St Genou et je rythme ma foulée avec celle d’un coureur qui vient de me passer en essayant de le suivre. Je ne reverrai jamais ce mec, mais le remercie pour m’avoir réanimé car nous avons déroulé sur une quinzaine de km à une allure qui me ressemble plus.

Ca va mieux, et je prends le temps de profiter de la course. Je suis assez surpris de voir autant de monde pour supporter en plein milieu de la nuit. Je croise un groupe de jeunes spectateurs au milieu de nul part à faire griller des saucisses à partir d’un barbec de fortune improvisé à fumer des pétards. L’un d’eux me tend une merguez, mais mon ventre refuse.

A qq km du ravito de Soucieu, je perds mon wingman qui a les jambes qui viennent de lâcher.

Les descentes font de plus en plus mal, et forcement, on commence à perdre sa lucidité. Les appuis approximatifs, la foulée du canard boiteux commence à prendre sa place.

Au final, ce qui m’aura le plus déstabilisé, c’est d’avoir plusieurs formats de course dans la course. Car se faire systématiquement dépasser par des mecs frais, qui viennent de prendre leur relai ou qui partent pour 40km voir 20km et qui te mettent une mine dans les montées comme les descentes, c’est dur pour le moral.

Enfin, j’arrive au 60km, dans mon idée, c’était le meilleur moment de la course. Celui à partir duquel l’arrivée commence à se dessiner, à partir duquel tu vas pouvoir lâcher ce qu’il te reste.

Je suis étonné de voir un dernier ravito à 10km de l’arrivée, celui de Chapanost. Allez, je décide de ne pas m’arrêter, 10km c’est rien. Grave erreur, si j’avais étudié le parcours, j’aurais compris qu’il reste la côte de Beines à gravir et j’aurais fait le plein avant.

Au milieu de la montée, mon ventre se réveille à nouveau « nan pas ca, pas maintenant, pas là…..naannnnnn » Allez, je n’essaye même pas de contenir la douleur contrairement à la première fois, je vais direct me cacher à l’abris des regards.

Je ne m’en remettrai pas. Je suis totalement cuit et vidé. J’ai rarement été dans un tel état. Je me fais dépasser par… tout le monde. Et ca continu les montagnes russes, toujours pas de plat à 6km de l’arrivée. Peut etre les 6km les plus durs et plus longs de mon expérience sportive.

A cet endroit de la course, tu arrives facilement à distinguer ceux du 72km en solo vs les autres, la foulée du canard boiteux !

Reste 2km et enfin du plat. Nous sommes dans Lyon et je décide de tout lacher, énervé d’avoir été contenu sur 70km.

Je passe la ligne d’arrivée, je tombe dans les bras de mes supportrices, je me couche pas terre, et s’est en essayant de me relever, que je constate les dégats de la nuit. Impossible de me relever par moi même, cela ne m’était jamais arrivé !

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Voici pour preuve l’état de mes pieds, pas un orteil sans ampoule, et 3 ongles qui menacent de se détacher :

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Je sors de ma bulle, je prends des nouvelles des autres du club, et me rend compte qu’au final tout le monde aura morflé ici. Et je pense particulièrement aux grands malades qui l’ont faite avec un minimum d’entrainement ! (ils se reconnaitront).

Je tiens à remercier tout ceux qui m’ont supporté, et particulièrement Lilie ainsi que ma mère pour avoir fait le déplacement. Une pensée également au coach, qui s’est blessé durant l’entrainement et n’a donc pas pu se présenter à la course.

Je ne suis pas mécontent de ma performance (7h48), même si encore une fois, j’aurais aimé vivre cette course sans pépins pour satisfaire l’objectif que je m’étais fixé. Je peux le dire à présent, c’était moins de 7h30…Et je me résous à penser qu’en trail comme en SwimRun, une course sans bobos est une utopie !

Une réflexion sur “La SaintéLyon 2016

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